Grand Prix de la Protection Sociale, édition 2022

 

Afin de contribuer à la promotion de la protection sociale, l’École nationale supérieure de Sécurité sociale (EN3S) et la Caisse des Dépôts se sont associées, depuis 2019, pour attribuer le « Grand Prix de la protection sociale ».

Ce prix vise à récompenser les meilleurs ouvrages, parus durant l’année, qui participent aux débats sur la protection sociale et aux analyses qui sont développées sur son organisation, sa pertinence et sa performance.

Les membres du jury de l’édition 2022 sont :

  • Dominique Libault, Directeur général de l’EN3S, co-président du jury
  • Michel Yahiel, Directeur des politiques sociales de la Caisse des Dépôts, co-président du jury
  • Pierre Louis Bras, Président du COR
  • Julien Damon, Conseiller scientifique de l’EN3S
  • Nathalie Fourcade, Secrétaire générale du HCAAM
  • Jacques Le Cacheux, Président du Conseil d’orientation scientifique de l’EN3S
  • Dominique Polton, Présidente du conseil scientifique de l’EHESP
  • Jean-Philippe Vinquant, Conseiller scientifique de l’EN3S

Réuni le 16 mai 2022 pour désigner les ouvrages lauréats de l’édition 2022, le jury réunissant des experts issus du monde de la protection sociale, a décidé de co-primer deux ouvrages :

La cérémonie de remise du Grand Prix de la protection sociale 2022, ouverte au public, aura lieu le jeudi 23 juin 2022 de 17h30 à 19h00.

Elle se tiendra en présence des auteures primées qui échangeront, avec des membres du jury, sur leurs travaux, leurs inspirations, ainsi que sur les prolongements de leurs ouvrages.

 

Anne Revillard, Des droits vulnérables – Handicap, action publique et changement social, Les Presses de Sciences Po, août 2020.  

Pour Anne Revillard, l’accès aux espaces publics d’une personne en fauteuil roulant a beau être inscrit dans la loi, là où la rampe fait défaut, ce droit reste lettre morte. L’école a beau se dire inclusive, si elle ne fournit pas à un élève non voyant les aménagements adaptés, elle ne l’est pas dans les faits.
Au fil des ans et des mobilisations, une multitude de droits ont été reconnus aux personnes handicapées. En quoi ont-ils changé leur vie quotidienne ? À partir de récits biographiques recueillis auprès d’individus ayant des incapacités motrices ou visuelles, Anne Revillard montre que les droits associés au handicap, souvent imprécis dans les textes, souffrent de défauts majeurs de mise en oeuvre.
Pourtant, face à ces droits vulnérables, les individus sont actifs, dotés d’esprit critique et porteurs d’innovations. À l’école, dans l’entreprise, auprès des administrations ou dans les transports publics, ils protestent, négocient, bricolent et aménagent leurs droits, pour rompre avec la citoyenneté de seconde zone qui leur reste assignée.

Anne Revillard est directrice du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP) depuis août 2020. Elle a rejoint le LIEPP en octobre 2012 comme professeure associée en sociologie. Elle est membre de l’Observatoire sociologique du changement (OSC). Ses recherches portent sur l’articulation entre droit, action publique et transformations contemporaines des systèmes d’inégalités liées au genre et au handicap.

Véronique Daubas-Letourneux, Accidents du travail – Des morts et des blessés invisibles, Bayard, septembre 2021.

Travailler peut tuer. Travailler peut blesser. On compte en France 14 morts suite à un accident du travail (chiffre de 2019). Les accidents du travail (AT) touchent souvent une population plutôt jeune, mais ne font l’objet d’aucune étude approfondie.
Dans cet ouvrage très documenté et passionnant, Véronique Daubas-Letourneux interroge cette contradiction : d’un côté l’ampleur du phénomène, et de l’autre son invisibilité dans le débat public. Les milliers de blessés, les centaines de morts chaque année seraient-ils l’inévitable prix à payer, passant en « pertes et profits » de l’activité économique ?
Pourtant, selon Véronique Daubas-Letourneux, les AT nous renseignent sur les « risques du travail », sur leur inégale répartition dans la population. Ils sont un indicateur de l’organisation du travail ; des inégalités de santé, des inégalités de conditions de travail ; des inégalités de durée de vie. Ils pourraient donc et même devraient constituer un indicateur important des politiques publiques de santé.

 
Véronique Daubas-Letourneux est enseignante-chercheuse en santé-travail à l’EHESP depuis septembre 2015. Je suis rattachée au département des sciences humaines et sociales (SHS)

Découvrez les 4 autres ouvrages qui composaient la sélection du jury pour le Grand Prix 2022

Olivier Babinet, Corinne Isnard Bagnis, Les déserts médicaux en question(s), Hygée éditions, mars 2021.

En 2018, les territoires sous-dotés en médecins généralistes concernaient près de 6 % de la population, soit environ 3,8 millions de Français. Dans l’imaginaire collectif, le désert médical, c’est la campagne à perte de vue, des villages dépeuplés, sans écoles, sans services publics et quelques habitants obligés de s’exiler pour être soignés…
Or, la réalité est toute autre : au-delà de territoires dépourvus d’offre sanitaire, les déserts sont partout, de la périnatalité à la dépendance, en santé mentale, dans les maladies rares… La discordance entre besoin et offre en santé est ici retenue comme l’expression d’un désert médical. Comment notre société peut-elle laisser s’installer, parfois à son insu, ces déserts médicaux ? Comment la pandémie a-t-elle pu aggraver encore la situation et quelles leçons en tirer ? Pourquoi les solutions, dont la e-santé, ont-elles tant de mal à émerger ?
En 10 questions simples et directes, ce livre propose un panorama et une nouvelle vision des déserts médicaux qui intéressera les collectivités, professionnels de santé et toute personne curieuse de la question des inégalités de santé.

 

Olivier Babinet est expert en transformation des organisations sanitaires. Directeur de la santé interdépartemental des Yvelines et Hauts-de-Seine, il a dirigé et conseillé hôpitaux, cliniques, services d’hospitalisation à domicile et centres de santé.

Corinne Isnard Bagnis est praticien hospitalier en néphrologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière et professeur de néphrologie à Sorbonne Université. Elle a créé le 1er MOOC européen sur les maladies rénales.

 

Guillaume Desnoës, Thibault de Saint Blancard, Clément Saint Olive, La société du lien – La révolution du comment, éditions de l’Aube, septembre 2021.

La crise sanitaire l’a mis crûment en lumière : nos sociétés traitent aussi mal nos aînés que les personnels auxquels elle en confie le soin. Comme si cette période de nos vies, étrangère à toute idée de performance, ne méritait aucune reconnaissance.
À leur sortie d’HEC, Guillaume, Thibault et Clément, plutôt que la finance ou la « start-up nation », ont choisi le secteur du grand-âge, avec une philosophie simplissime : pour apporter le meilleur soin aux personnes âgées, il faut apporter le meilleur soin à leurs aidants. Autonomie et responsabilisation des salarié-e-s font ici écho à celles des personnes âgées elles-mêmes.
Et si ce cercle vertueux pouvait, en repensant le lien qui nous unit les uns les autres, s’appliquer à l’ensemble de la société ?

 

Guillaume Desnoës est le fondateur d’Alenvi, une société innovante dans le domaine de l’aide à domicile aux personnes âgées. Elle crée un cadre de travail responsabilisant et épanouissant pour les auxiliaires de vie, qu’ils appellent « auxiliaires d’envie ».

Thibault de Saint Blancard est le cofondateur d’Alenvi, une entreprise agréée ESUS qui propose un service d’accompagnement des personnes âgées à domicile. Il a également cofondé, en 2018, le collectif L’Humain d’Abord qui a vocation à réunir les professionnels du secteur de l’aide et du soin à domicile.

Clément Saint Olive est le co-fondateur d’Alenvi, une entreprise sociale qui emploie aujourd’hui une centaine d’auxiliaires de vie à domicile et en forme bien davantage chaque année.

 

Frédéric Bizard, L’autonomie solidaire en santé, Michalon, octobre 2021.

Comment la France peut-elle redevenir une référence mondiale en santé ? Si la crise Covid a révélé aux Français que leur système de santé n’était plus aussi solide qu’ils le pensaient, elle doit désormais être un accélérateur de sa refonte. Frédéric Bizard expose ici le seul modèle de santé viable qui répondra aux enjeux du XXIe siècle tout en respectant les fondamentaux de notre culture et en y intégrant l’ensemble des acteurs existants.
Redéfinissant l’ensemble des composantes du système – de sa gouvernance à son financement en passant par l’organisation des services de santé et l’accès au marché des innovations – , il démontre ainsi comment la santé peut créer de la richesse, contribuer à réduire les inégalités sociales et devenir un enjeu géopolitique. Aux fondements de cette indispensable réforme, le concept d’autonomie solidaire entend poser les bases d’une nation de citoyens solidaires en santé et permettre l’émergence d’une société où chacun pourra s’accomplir pleinement selon ses choix et ses aspirations, dans un souci d’autonomie et de dignité.
Une réflexion nécessaire et capitale, nourrie des travaux collectifs menés depuis trois ans au sein de l’Institut Santé, qui, au-delà de la réforme de notre système de santé, vient interroger l’avenir de notre modèle social.

 

Frédéric Bizard est économiste, spécialiste des questions de protection sociale et de santé. Il dirige l’Institut Santé, organisme de recherche destiné à la refondation du système de santé français.

 

Clément Carbonnier, Bruno Palier, Les femmes, les jeunes et les enfants d’abord, Puf, février 2022.

Notre système de protection sociale, pensé au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ne sait pas protéger les personnes les plus vulnérables. Pauvreté des enfants, précarité des jeunes et des moins qualifiés, difficultés des familles monoparentales : tels sont quelques-uns des nouveaux défis à relever. Répondre aux enjeux sociaux actuels ne peut plus être affaire de simples ajustements mais impose une stratégie globale.
En s’appuyant sur l’évaluation des réformes passées, en France et à l’étranger, et sur une lecture solide des indicateurs économiques, Clément Carbonnier et Bruno Palier proposent une stratégie de la qualité pour toutes et tous. Ce nouveau contrat social repose sur des politiques publiques d’investissement social inclusives et une montée en qualité généralisée du système productif. Il permettra de sortir de l’économie du low-cost, et de garantir la qualité de la vie et des emplois de toutes et tous au nom d’une plus grande justice sociale.

 

Clément Carbonnier est professeur d’économie à l’université Paris 8.

Bruno Palier est directeur de recherche du CNRS au Centre d’études européennes de Sciences Po.

 

Les présentations des ouvrages et des auteurs ci-dessus sont issues des communications des éditeurs.