La protection sociale face aux mutations. Entretien avec Mireille Elbaum, conseillère scientifique de l’IHEPS

L’Institut des hautes études de la protection sociale vient de lancer son 10ème cycle d’études. Il va permettre de dresser un état des lieux exhaustif des défis qui attendent la protection sociale face aux mutations de la solidarité à travers plusieurs sessions d’études qui se dérouleront d’octobre 2018 à juin 2019. Mireille Elbaum, conseillère scientifique de l’Institut en charge de la construction de ce cycle revient pour nous sur ses objectifs.

1. Cette année, le 10ème cycle de l’IHEPS a pour thématique « Protection sociale et mutations de la solidarité ». Quels sont les objectifs du cycle proposé aux auditeurs ?

Notre protection sociale est confrontée à des mutations économiques et sociales qui entraînent des « brèches » ou des « failles » dans certains mécanismes de couverture collective, et de nouvelles demandes de solidarité(s). Ces changements sont liés aux évolutions du marché du travail, notamment l’instabilité et la diversification des statuts d’emploi, mais aussi aux modifications des demandes et des comportements des individus et des différents types de « collectifs » qui structurent la société (de la famille aux associations).

Dans le même temps, le « modèle social français » se trouve interpellé par la persistance d’inégalités et de situations de pauvreté qu’il a du mal à juguler, alors même que la protection sociale est en butte à des critiques plus globales, dont certaines remettent en cause le niveau des prélèvements obligatoires, tandis que d’autres souhaitent donner plus de place aux initiatives locales et aux acteurs décentralisés.

En dépit de la tendance, indéniable, à « l’universalisation » des couvertures sociales sur longue période, le système français est donc interpellé sur le périmètre et les modalités des solidarités qu’il met en œuvre, à la fois dans le champ des risques sociaux « traditionnels » (vieillesse, santé) et dans celui de « nouveaux risques » qui sont relativement mal pris en compte par les dispositifs de protection usuels (dépendance, accès au logement, précarité énergétique, fracture numérique…).

L’objectif du 10e cycle de l’IHEPS est donc de revenir sur ces évolutions pour apprécier les enjeux auxquels la couverture des principaux risques sociaux (retraites, santé, famille, chômage et pauvreté, perte d’autonomie, logement…) est confrontée pour l’avenir, et de « croiser » ces enjeux avec leur cheminement vers un caractère plus ou moins « contributif » ou « universel ».

2. L’Institut fête cette année ses 10 ans. En quoi est-il plus que jamais nécessaire et important d’organiser des cycles d’études autour de la protection sociale pour les leaders d’opinion ?

L’Institut des hautes études de protection sociale (IHEPS) s’est donné depuis l’origine l’objectif de fournir à des cadres et dirigeants de la société civile, a priori non spécialistes du domaine, une connaissance des problématiques liées à la protection sociale, qui revient sur les « fondamentaux » et dépasse, en termes de profondeur et d’horizon de la réflexion, la façon dont ces thématiques sont le plus souvent abordées dans les divers supports médiatiques.

À un moment où l’information, mais aussi la désinformation, s’accélèrent et où des pressions accrues à la « performance » s’exercent sur les acteurs et les gestionnaires, on peut penser, et les auditeurs des précédents cycles le confirment, que ces « respirations » et temps de discussion collectifs et pluralistes ont un intérêt manifeste.

Sans viser une connaissance exhaustive des questions sociales et sanitaires, ce sont ces réflexions et ces débats qui peuvent contribuer à un attachement renouvelé à la protection sociale et à une « opinion éclairée » sur ses perspectives d’évolution face aux mutations en cours.

Pour découvrir le programme d’études du 10ème cycle de l’IHEPS