Dispositif Signaux faibles porté par les Urssaf Bourgogne et Franche-Comté

Le dispositif « Signaux faibles » né en Bourgogne/Franche-Comté à l’initiative de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi (Direccte) et des Urssaf de Bourgogne et de Franche-Comté est développé sous la forme d’une start-up d’État.  Signaux Faibles met l’intelligence artificielle au service des entreprises fragiles en permettant la détection d’un risque de défaillance d’une entreprise à 18 mois.

Anne Barralis, directrice de l’Urssaf Franche-Comté et élève de la 32ème promotion ainsi que Lionel Matz, directeur de l’Urssaf Bourgogne et élève de la 37ème promotion, reviennent pour nous sur ce projet.

Les Urssaf Bourgogne et Franche-Comté ont lancé en 2016 le dispositif Signaux Faibles. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste ce projet et sa genèse ?

Lionel MetzLionel Matz : La démarche est née en 2014/2015 de réflexions et échanges entre le Directeur de l’Urssaf Bourgogne alors en poste, Pierre Bordat et Stéphanie Schaer qui était Commissaire au Redressement Productif en Bourgogne, sur l’intérêt de détecter précocement les entreprises présentant des difficultés, pour leur proposer rapidement un accompagnement adapté à leur situation.
Anne barralisAnne Barralis : Au départ, la démarche était limitée au périmètre bourguignon et s’appuyait sur des croisements de fichiers classiques entre la Direccte et l’Urssaf.
Puis, la démarche a été portée rapidement auprès du SGMAP , sous l’égide de la Préfecture de Région Bourgogne Franche-Comté, nous avons signé une première convention en août 2016 (Préfecture, SGMAP, Direccte et les deux Urssaf concernées) dans laquelle nous avons confié à une start-up d’Etat la mission de développer un algorithme qui permette de détecter des entreprises « in bonis » à fortes probabilités de rencontrer des premières difficultés dans les mois à venir. Et ceci, dans l’objectif en effet d’intervenir préventivement.
Nous avions l’ambition de développer une logique prédictive à partir de nos données et grâce à un dispositif s’appuyant sur l’Intelligence artificielle.
Lionel Matz : En 2018, cette démarche a été retenue dans le cadre de l’appel à projet EIG (Entrepreneur d’Intérêt Général), ce qui a permis à la Direccte de recruter spécialement sur ce projet un informaticien et un data scientiste pour modélisation de l’algorithme, avec une ambition d’extension à terme aux autres régions.

Comment les Urssaf contribuent-t-elle concrètement à travers ce projet à l’accompagnement des entreprises en difficulté ?

AB : Nos Urssaf mettent à disposition des données telles que le nombre d’emplois (ce qui permet d’avoir un suivi si il y a baisse du nombre d’emplois), les créances éventuelles, les procédures collectives (ce sont des signaux forts exclusifs de l’expérimentation). La Direccte met à disposition d’autres éléments comme le chômage partiel par exemple.
LM : Il s’agit d’une expérimentation régionale, au travers de laquelle les Urssaf sont en mesure d’accompagner l’entreprise dès le premier incident : retard de paiement, absence de déclaration à exigibilité… Nous pouvons mettre en place un dispositif de suivi spécifique pour ces entreprises qui nous permet d’intervenir et de prendre l’initiative d’un premier contact sans attendre des difficultés répétées et plus importantes.

Selon vous, en quoi ce type de projets participent à faire changer le rôle et la perception des Urssaf ?

AB : Le premier bénéficiaire de la démarche doit être l’entreprise, le cotisant, que nous pouvons conseiller et accompagner plus tôt pour éviter des disparitions d’emplois et de structures industrielles dans notre région.
Nous démontrons de ce fait, que les Urssaf sont aussi un outil d’aide économique et pas uniquement un organisme de collecte.
LM : Ce type d’expérimentation permet en effet de communiquer autrement et de porter une image moderne et « agissante » de nos organismes, capables de pro-activité au travers de dispositifs innovants.

Quels sont les actions prévues pour les mois à venir ?

LM : Il convient d’abord de s’assurer de la robustesse de l’algorithme et des dispositifs spécifiques d’accompagnement au  travers de la mesure du taux de « non disparition des entreprises » et donc d’établir un bilan complet de notre expérimentation régionale.
AB : Pour vérifier la robustesse de cet algorithme, il a été convenu d’étendre l’expérimentation à d’autres régions et à d’autres bases de données plus importantes en volume que celles de la région Bourgogne-Franche-Comté.
LM : La démarche a été retenue parmi les mesures figurant dans la loi PACTE. Une convention nationale « Signaux faibles » vient d’être signée.
Outre, les membres historiques, le gouverneur de la Banque de France est également signataire.
AB : Les données financières de la Banque de France permettent d’affiner les calculs prédictifs réalisés et de fiabiliser les résultats, pour une meilleur efficacité.
Cette démarche est aussi un bel exemple de partenariat, de travail collectif inter institutions autour d’une volonté commune de soutien à l’activité économique et sociale de nos régions.