19 février 2026

La transition écologique, moteur d’innovation dans la protection sociale – Entretien avec Ange Chevallier

 

Face à l’urgence climatique, la protection sociale est appelée à se réinventer. Comment adapter ses missions, ses organisations et ses politiques aux bouleversements environnementaux en cours ? Et si la réponse passait aussi par un atelier aussi simple qu’innovant : un jeu de cartes ?

Sous l’impulsion de l’École Nationale Supérieure de Sécurité Sociale et des Caisses nationales, un kit pédagogique inédit propose aux professionnels de la Sécurité sociale d’explorer, de manière concrète et collaborative, les liens entre transition environnementale et protection sociale. Conçu comme un support interactif, il favorise la prise de conscience, stimule le dialogue entre acteurs et encourage la co-construction de solutions face aux impacts du changement climatique sur les politiques sociales.

Testé auprès d’élèves et de professionnels, ce dispositif traduit une ambition forte : faire de la transition écologique un axe structurant de transformation du système de protection sociale.

 

Pour en éclairer les enjeux et les perspectives, nous donnons la parole à Ange Chevallier, Directeur du département Appui à la stratégie, aux maîtrises d’ouvrage et à la transition écologique à la Caisse d’Allocations Familiales, engagé au croisement des politiques sociales et environnementales. Son regard permet de mieux comprendre comment, au sein des organismes de Sécurité sociale, l’innovation pédagogique peut devenir un véritable levier stratégique au service de l’action publique.

Pourriez‑vous rappeler le contexte ayant conduit à la création de ce jeu ainsi que le rôle joué par la CNAF dans ce projet ?

Ange Chevallier : Nous étions partis du constat qu’il n’y avait pas d’outil de référence pour comprendre et faire comprendre les liens entre les enjeux environnementaux et Sécurité sociale. D’une part, les conséquences du changement climatique et de la transition écologique sur nos publics, nos partenaires et aussi nos propres structures, sont majeurs. Le secteur de la santé va voir ses coûts croître, sa robustesse mise à l’épreuve par les catastrophes naturelles plus fréquentes et intenses. C’est aussi le cas de la petite enfance, il n’y a désormais pas une année sans des fermetures liées aux canicules, à des inondations… Et c’est également le cas de nos publics : pour ce qui concerne la branche Famille, nous touchons les locataires de logements via les APL, nous touchons un large spectre de personne à revenus plus modestes (RSA, prime d’activité), et on sait que les impacts de la transition vont les toucher en priorité, ne serait-ce qu’en termes de coût de la vie.

Et d’autre part, il s’agit de comprendre l’impact de nos activités et des secteurs que l’on finance sur l’environnement. Quand on dit ça on pense évidemment à nos bâtiments, nos déplacements, nos systèmes d’informations, nos achats. Mais c’est la partie émergée de l’iceberg, car il y a aussi tout ce que l’on finance au travers de nos missions : les secteurs de la santé, de la petite enfance, de l’autonomie, sont de grands secteurs économiques qui pèsent chacun à leur niveau sur l’environnement.

Pourquoi cet atelier représente un outil important pour mieux comprendre les effets du changement climatique sur les missions des organismes de sécurité sociale ?

Ange Chevallier : Je pense que l’on a encore du mal à s’imaginer l’ensemble des enjeux du changement climatique et de la transition écologique sur notre système de protection sociale, y compris sur son financement. Cet atelier permet de dresser un panorama large mais non exhaustif. Au travers d’un jeu, on découvre au fur et à mesure quels sont les sources d’émission de gaz à effet de serre de la protection sociale, puis à l’inverse quels sont les impacts du changement climatique et de la transition écologique sur nos publics, nos partenaires, nos activités. On aborde y compris les sujets comme l’évolution des métiers, l’adaptation au changement climatique, les enjeux liés au financement du système de protection sociale.

Comment peut‑il devenir un levier mobilisateur pour engager les équipes dans la transition écologique au sein des organismes de sécurité sociale ?

Ange Chevallier : Le premier réflexe est de dire « je n’ai pas d’impact à mon niveau », or il y a très souvent une marge de manœuvre. Et ce jeu à vocation à éclairer tous les décideurs. Décideurs, non pas au sens de « dirigeants », mais au sens d’acteurs à impact. Certaines décisions majeures relèvent parfois de multiples microdécisions et d’une responsabilité diffuse. Ce jeu permet à chacun de prendre conscience des impacts et de repartir avec un certain nombre de leviers. Il est indispensable pour comprendre de façon nominale ces enjeux et le rôle que l’on peut jouer. En corolaire, il doit indispensablement être complété par des ateliers pour identifier des leviers au niveau d’un organisme de protection sociale, à échelle locale ou nationale.

 

Toutes les informations sur l’atelier « Construire des ponts entre transition environnementale et Protection sociale »

Prochaine session : le 30 novembre 2026, à Paris. Pour demande d’intra, nous contacter.