Elisabeth Chevé (56e Promotion) : je suis sortie sur un poste de directeur au sein d’un régime spécial

Elisabeth Chevé a pris la direction de la Caisse de retraites des personnels de l’Opéra national de Paris à sa sortie de l’EN3S en 2018. Elle a donc été directement positionnée sur un poste de directeur. Elle revient pour nous sur son parcours et sa prise de poste.

Vous êtes issue de la 56e promotion de l’EN3S et vous venez de prendre la direction de la Caisse de retraites des personnels de l’Opéra national de Paris. Expliquez-nous comment s’est déroulé votre parcours de prise de poste (entretien, préparation etc.) pour rejoindre la direction de ce régime spécial ?

Le calendrier de recrutement sur ce poste a été effectué un peu en décalé par rapport aux dates habituelles de prise de poste à l’issu de la scolarité EN3S. Cela m’a donné l’occasion de disposer d’un temps préparatoire de deux mois durant l’été dont trois journées d’immersion à la CR Opéra. J’ai passé une de ces journées avec la directrice qui partait à la retraite à la fin de l’été.

Je suis donc arrivée à la CR Opéra le 3 septembre, en ayant eu cette chance d’avoir pu rencontrer les équipes, d’être informée des principaux dossiers de la caisse, d’avoir pu prendre des notes dans la documentation laissée par la directrice précédente et ainsi de pouvoir mesurer les enjeux et les perspectives de la Caisse et du régime spécial dont elle a la charge. J’ai disposé ainsi d’un matériel précieux qui m’a permis d’être en capacité rapidement à mon arrivée de dresser une feuille de route 2018-2019, très opérationnelle.

Mon parcours professionnel ainsi que les 18 mois de formation EN3S ont été autant de viviers précieux pour puiser le matériel nécessaire à ma prise de poste. Il a fallu, tout à la fois, avoir une vue de synthèse et de hauteur sur les différentes problématiques, identifier très rapidement les processus de fonctionnement, observer à bonne distance les pratiques habituelles des différents métiers, afin de poser quelques premiers jalons.

Il s’agit d’une prise de poste où, plus que jamais, il a fallu jongler entre le transversal et la prise de hauteur avec le détail du terrain et l’opérationnalité quotidienne. Tous les jours, je travaille dans ces deux dimensions : la stratégie et la prospective d’une part, le fonctionnel et le pratico-pratique d’autre part…

Et c’est passionnant ! Même si parfois cela peut être un peu acrobatique.

La Caisse de retraites des personnels de l’Opéra national de Paris est au final un régime qui regroupe un nombre limité d’affiliés. Comment se passe la relation de services ? Est-ce que cela diffère des autres organismes de Sécurité sociale du régime général et en quoi ?

En effet la CR Opéra est un « petit régime » dans le sens, où il y a peu d’affiliés.

En 2018 nous comptions un peu moins de 1800 pensionnés et à peu près autant de cotisants. Nous effectuons environ 200 affiliations au régime spécial et un peu plus de 170 notifications retraite par an.

Mais qui dit nombre limité d’affiliés (cotisants et pensionnés), ne dit pas limitation dans la diversité des sujets. Une caisse de retraites d’un « petit » régime spécial a à gérer la même quantité de questions qu’une caisse d’un régime plus important.

La seule différence vient que les effectifs des équipes sont proportionnels à l’importance du portefeuille d’affiliés du régime.

A la CR Opéra, nous sommes une équipe de cinq personnes et un agent comptable qui vient deux jours par mois. Cette équipe assure les activités du cœur métier (production, front office et action sociale), la gestion administrative, la gouvernance, les liens avec les tutelles, mais aussi la comptabilité et les budgets…

Ainsi, dès qu’il y a absence d’une des personnes de l’équipe, il y a potentiellement un risque de décrochage sur une partie de l’activité. Pour pallier à ce risque nous avons travaillé sur une nouvelle organisation du travail afin de garantir cette continuité de l’activité. La réalisation d’une cartographie des activités m’aura ainsi permis de connaître, très vite l’ensemble des tâches, leur poids en temps passé, les risques liés. C’est un chantier qui facilite grandement la connaissance d’une structure, tout en permettant de créer de nouvelles dynamiques d’équipe.

Vous étiez à l’Acoss avant de rejoindre ce régime spécial ? Quelles similitudes retrouvez-vous dans la gestion et le fonctionnement de ces deux entités ?

A première vue il y a très peu de similitude entre un organisme de la taille et du périmètre de l’Acoss et la CR Opéra.

Pour autant on peut trouver quelques points communs. Par exemple l’encadrement d’une petite équipe, dans une grande ou petite structure revêt des similarités : les réunions et leur formalisation, les évaluations, l’accompagnement du collaborateur dans son projet professionnel… Mais ce qui reste notoirement différent c’est le contexte dans lequel s’exerce ce management. Un manager, ou un directeur, d’une grande structure disposera des ressources pour porter et appuyer, voir même revisiter, le cadre de son management et de la gestion des emplois et compétences de ses équipes.

A la CR Opéra, en tant que directeur, je porte seule tout aussi bien l’encadrement individuel et collectif de l’équipe, la gestion opérationnelle RH et les prospectives pour l’évolution des emplois et des compétences au sein de la nouvelle grille d’organisation du travail.

Mais heureusement je dispose de l’aide et de l’appui des trois tutelles de la Caisse (DSS, Budget et Culture) qui selon leur périmètre apportent les éclairages nécessaires et les points de validation attendus. C’est la Direction de la Sécurité sociale qui fixe mes objectifs et à qui je reporte mensuellement de l’activité de la CR Opéra. Je reporte également mensuellement au Président du Conseil d’administration de Caisse.

Quels sont vos enjeux dans les prochains mois à la tête de la Caisse de retraites des personnels de l’Opéra national de Paris ?

Il y en a un certain nombre. On peut en retenir trois principaux qui sous-tendent l’ensemble.

  • L’enjeu du maintien de l’opérationnalité quotidienne qui comporte deux points de vigilance :
    • le maintien de la dynamique de l’équipe, fragilisée par plusieurs départs, nécessitant un travail de transfert de connaissances.
    • le maintien en conditions opérationnelles de nos systèmes d’information dont les applicatifs vont être documentés progressivement.
  • La stabilisation budgétaire du régime dont les enjeux sont tout à la fois structurels et conjoncturels avec:
    • du point de vue de la dépense : l’allongement de la durée de versement des pensions d’autant plus marqué à la CR Opéra que l’ouverture des droits à pension, pour certaines catégories est plus tôt que pour d’autres régimes.
    • Et côté recette la variabilité d’une de nos sources de financement.
  • L’ouverture vers l’inter-régime dont les enjeux sont
    • d’une part de mettre à disposition de nos cotisants une offre de services élargie avec les autres régimes (simulation retraite, compte en ligne…)
    • et d’autre part de trouver les adossements informatiques qui nous permettront de développer ces outils.

Sa photo symbole pour le métier de dirigeant

« Etre en souplesse entre la prise de hauteur et le détail du terrain. Etre en capacité de travailler dans deux dimensions : la stratégie et la prospective d’une part, le fonctionnel et le l’opérationnalité quotidienne d’autre part…  Parfois un peu acrobatique, mais si passionnant ! »

Sa bio

Parcours universitaire

Parcours pro

  • 8 années en ingénierie culturelle, histoire de l’art et relations publiques : fonction publique territoriale, fonction publique d’Etat et agences privées
  • 12 années d’ingénierie en sciences de l’information : fonction publique hospitalière et d’Etat
  • 10 années dans l’Institution Sécurité sociale : Acoss et Enim